Eveline – Répétition #1

Des cubes, des kaplas, une poupée, des volumes blancs.
Les déguisements sont enfilés, les chaussures trop grandes.

On va jouer.

La mère donne quelques recommandations :

Marie, ne te débats pas.
Attention.
Ne monte pas si tu as le vertige.

On joue.

Mais qui est qui ?

Des pions noirs et blancs traversent l’espace sur le grand jeu d’échec.

Labyrinthe de murs invisibles, on se croise, on se fuit, on s’évite, tous prisonniers de quelque chose.

Puis, comme dans tout jeu, on se combat, on se caresse, on bouge, on crie, on pleure.

On tente d’être le plus fort. Plus fort que l’autre, plus fort que soi, plus fort que le destin.

Où va le pouvoir quand la vie se débat ?

Une petite chanson émerge comme un rêve,
un regard accroche, interroge,
un corps à corps tente l’impossible,
la promesse de gagner l’amour.

Qu’est-ce qui se joue là ?

La vie,
l’amour,
la guerre.

Puis le temps suspendu,

suspendue aussi la mort toute proche,

et suspendue la folie qui nous guette du nid.

Au-dessus des têtes planent des fantômes et des bêtes sauvages,

des cordes de pendus et des lames acérées.

Par où fuira la vie que le jeu a imité ?

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