Claudine – Répétition #3

Un filage à nouveau ce soir (je n’en vois que la fin car il a commencé avant l’heure de notre venue ; et je ne pourrai rester pour la suite). Le travail avance ; plus de trois mois avant la présentation au public, les acteurs connaissent déjà bien leur texte et émeuvent par leur jeu.  « C’est le travail de 10 jours » ai-je entendu Anne répondre à un interlocuteur qui la félicitait au moment de la pause.

J’y ai retrouvé avec beaucoup d’intérêt des scènes travaillées les jours précédents sous nos yeux, dont les interprétations semblent fixées. Mais aussi des différences qui témoignent des recherches de l’équipe et du travail effectué dans les longues périodes où nous sommes absents. Petit exemple : les chaussures d’Hermione, au début, occupaient une place qui s’est heureusement (à mes yeux) réduite ;  l’actrice traversait notamment l’espace en fond de scène en claudiquant bruyamment, une seule chaussure au pied droit ; ce soir, cet effet appuyé a disparu et, personnellement, je lis davantage sa détresse dans sa démarche accablée et son pas silencieux. Par ailleurs, Andromaque n’est plus obligée de courber la tête et se contorsionner en passant par les modules pour venir à la droite de Pyrrhus, face à Hermione (peut-être dans le cauchemar de celle-ci ?) et j’ose trouver que sa dignité y gagne.
La mise en scène évolue effectivement vers la sobriété recherchée, semble-t-il, par Anne Théron. Et je crois entendre à nouveau la réponse qu’elle m’a faite lors de la dernière séance: après le tout premier filage de la fin de la pièce, un silence recueilli avait succédé à la représentation forte à laquelle nous avions assisté ; puis Anne, à notre surprise, s’était adressée à nous : « Qu’en pensent les témoins ? » Un ou deux « collègues » ont alors exprimé leur émotion ; la mienne était grande aussi, mais j’ai quand même émis une réserve quant à l’interprétation d’un ou deux moments que je trouvais… excessifs ; et Anne m’a répondu quelque chose comme : « Mais c’est la première fois que nous jouons jusqu’au bout : la première fois il faut que ça sorte, que les acteurs expriment à fond les choses ; après on réduit… » Leçon de direction d’acteurs, bien sûr !

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