Eveline – Répétition #3

Matière et espace

Fin de la récréation pour les « témoins » que nous sommes. Les comédiens, la « metteuse » en scène (tient-elle au féminin ou est-ce un détail pour elle ?), les techniciens lumière, son, la couturière, les assistants, sont de retour de Paris où ils ont travaillé d’arrache-vers…
Je les retrouve, apparemment semblables, même « décor », mêmes costumes, même texte…
Mais quelque chose a changé. Quelque chose de si fin, de si indéfinissable, que je cherche inconsciemment à le comprendre au deuxième filage.

Il me semble que l’ensemble des éléments de cette construction a changé de MATIERE. Comme lorsque nous cuisinons et que les principes chimiques opèrent au mélange des ingrédients. Quelque chose qui prend et qui va donner tout son suc, quelque chose qui a changé de matière par le jeu de ses composants. Quelque chose qui a pris une nouvelle identité, qui a cet aspect, cette texture, cette couleur et ce goût si particulier. A la fois doux et relevé. A la fois âpre et suave.

Il me semble aussi qu’un nouvel ESPACE est né. L’espace de la pièce. L’espace qui a créé lui aussi une nouvelle matière. Je suis allée me plonger 30 secondes dans cet espace fait de blanc, de gris et de noir, d’eau, de nuage, de mat, de brillant, de sons et de notes, et j’ai vu le monde autrement.
J’ai pensé Ah oui, ils sont véritablement ailleurs quand ils sont là et ils nous parlent de cet espace-là, de cette matière-là.

Et le vrai goût de tout ça, celui qui reste quand on a fini de le déguster, est un goût d’humain, un goût d’Existence qui traverse l’Histoire, un goût d’une douceur extrême et d’une violence folle.
Les souffles ne trompent pas qui disent non pas la respiration mais les tsunami qui déferlent dans nos veines quand l’homme essaie d’être à hauteur d’homme.

Cet article a été publié dans Texte. Ajoutez ce permalien à vos favoris.